Conseiller Général du canton de Bordeaux I et Conseiller Régional d'Aquitaine

   
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Légion d'honneur : Mon discours de récipiendaire...

Publié le 24/05/2014

Et bien, aujourd’hui, si nous pensons que nous ne changerons rien il faut alors laisser parler le grand JAURES : « N’ayant pas la force d’agir, ils dissertent ». (Photo Yves Foubert).





Monsieur Le Président du Conseil général, très cher Philippe,


Monsieur le Ministre, Cher Louis MERMAZ, ne finassons pas Cher Louis,


Chers amis élus


Chers Amis


Cher Philippe merci d’avoir accepté de présider cette cérémonie. C’est pour moi plus qu’un symbole, tu m’as tant appris.


Ce soir est un grand soir, être décoré par celui qui fut pendant plus de huit ans le premier Président socialiste de l’Assemblée Nationale de la 5ème République et Ministre de François MITTERRAND est un immense honneur.

Je ne peux m’empêcher en ce moment d’avoir une pensée émue pour mes Parents qui seraient à cette heure fiers de leur fils.

D’avoir aussi une pensée pour le regretté Marc BŒUF, qui fut sénateur et 1er Vice-président du Conseil général et qui m’avait accordé sa confiance.   

 Pourquoi avoir choisi Louis MERMAZ pour me remettre la plus haute distinction de la République ?

Pour deux raisons essentielles :


  • La première est que Louis MERMAZ fut le premier homme d’Etat que j’ai physiquement rencontré et que cette rencontre a été déterminante pour être l’homme politique que je suis devenu.

     

  • La deuxième c’est le discours politique de Louis, qui, il y a plus de vingt ans, et bien avant que les maux de cette société ultra libérale soient aussi lisibles qu’aujourd’hui, prédisait avec une justesse absolue les stigmates et la déliquescence d’un système mondial manipulé par la dictature de la financiarisation.

Système, qui tous les jours fait baisser un peu plus la tête à l’être Humain.

C’est en 1989, au moment du fameux congrès de Rennes que j’ai fait la connaissance de Louis.

Souvenez-vous ce congrès de Rennes, ce congrès où pour la première fois les socialistes se sont laisser aller à étaler devant l’opinion publique des combats fratricides qui s’éloignaient  beaucoup du combat d’idées.

Au milieu de ce pugilat général, un matin, sur France Inter une voix socialiste s’est élevée, pour dire, en parlant de ces débordements : « Il faut en débattre et pas en découdre » ! Cette voix était celle de Louis MERMAZ.

La formule me plut !

Le matin même j’adressais un courrier à Louis pour lui proposer de mettre à la disposition de son représentant départemental ma modeste personne.

Pour être tout à fait franc, je savais que Louis MERMAZ n’avait pas de représentant et que j’espérais bien le devenir. Bingo !!! Quelques jours plus tard Claude FLEUTIAUX, alors son premier lieutenant me téléphone et me propose au nom du chef d’être le représentant officiel, de ce qu’on appelait à l’époque « les Mermaziens » pour la Gironde et mieux encore pour toute l’Aquitaine. Il ajoutait : « tu as carte blanche en son nom » ! Imaginez mon sentiment… avoir carte blanche au nom de celui qui était alors Président de l’Assemblée Nationale…

En fait, je venais de mettre, un peu naturellement je dois le dire, en application le vieil adage : « Il vaut mieux être le N° 1 de son village, que le N° 2 à Rome », sachant qu’à Rome je ne sais pas quel N° j’aurais été.

C’est comme ça que le N°1 des gascons Mermaziens d’Aquitaine, signait tous les courriers pour le congrès à égalité avec le regretté Député-maire de Villenave-d’Ornon, Claude BARANDE qui représentait Lionel JOSPIN et le Député-maire de Mérignac Michel SAINTE-MARIE  qui, lui, représentait Pierre MAUROY.

C’est donc ainsi que tout a commencé et que j’ai pris petit à petit du galon au Parti Socialiste.

Ces années Mermaziennes m’ont beaucoup marqué, les conseils de Louis beaucoup formé, tant est si bien que j’ai toujours appliqué l’esprit politique de ce fidèle de parmi les fidèles de François MITTERRAND.    

Issu d’une famille installée à Bordeaux, mieux encore à Bacalan depuis 1887, se sont mes arrières grands parents, des paysans des Landes, qui sont venus chercher du travail  comme manœuvre dans les chantiers navals, puis mon grand père devenu, lui, chef d’équipe chaudronnier de marine aux bassins à flot et enfin mes parents, enseignants… Cette filiation m’a amené à réfléchir à qui « je devais ».

A qui je, ou plutôt à qui nous devons, l’ascenseur social, les congés payés, la retraite, l’idée de la sécurité sociale…. Et quelque soient les chemins empruntés par ma réflexion, j’arrivais toujours à la pensée des Socialistes utopistes de la première moitié du 19ème siècle. Ils avaient posé les bases des avancées sociales mises en œuvre par la République bien après leur disparition.

Il s’agissait bien, là,  des fondamentaux de la gauche.

A cette époque face à cette pensée, d’autres fondamentaux étaient portés par une autre classe, celle qui trouvait normal que les petits garçons de huit ans travaillent dans les mines et les petites filles du même âge dans les filatures.

Mais aujourd’hui la puissance financière, tant décriée par louis MERMAZ, a quasi uniformisé l’action politique, les fondamentaux sont étouffés par les 5 à 800 synarques qui écrivent la partition de ce nouveau monde, jouée par la meute d’oligarques qui peuplent la planète.

Petit à petit, par touches successives, tel un tableau pointilliste, l’image du 19ème siècle pointe à l’horizon.

Cela nous renvoie à ce vieux dicton qui pose une question : « faut-il vivre pour travailler ou travailler pour vivre ?» qui se transforme lentement en : « faut-il travailler pour survivre ou survivre pour travailler ?».

Au milieu de cette réalité, les peuples ne croient plus à leur souveraineté. Et pourtant, l’ami de Montaigne, Etienne de La Boétie avait résumé d’une phrase courte mais toujours d’actualité ce que justement les peuples ne perçoivent plus : « ils ne sont grands que parce que nous sommes à genoux » !

Et c’est Léon BLUM qui en son temps à donné le « La » au peuple de France en disant : « On est Socialiste quand on a cessé de dire : « Bah ! C’est l’ordre des choses, il en a toujours été ainsi et nous n’y changerons rien ».

Et bien, aujourd’hui, si nous pensons que nous ne changerons rien il faut alors laisser parler le grand JAURES : « N’ayant pas la force d’agir, ils dissertent ».

Dans tout  cela, quel sens donner à l’action ?

Je n’ai pas une inclination particulière à croire à l’éternité de l’âme, mais plutôt à l’éternité du geste.

C’est sans doute à cause de la fascination que j’ai pour ces tailleurs de pierres qui ont construit châteaux et cathédrales.

Pour moi il n’y a pas de grandes ou de petites actions, ne dit-on pas que Dieu ou Diable est dans le détail !

A mon sens l’important pour l’Homme c’est d’agir, d’agir à son niveau, avec son intelligence et laisser une trace même infinitésimale.

C’est ce que j’appelle l’éternité du geste.

Cette éternité je l’ai trouvé dans mes jeunes années, à l’époque où j’animais des chantiers de jeunes de restauration du patrimoine architectural. Souvent le soir, j’aimais m’assoir au cœur d’un joyau d’architecture de l’Entre-deux-Mers que je restaurais, la Commanderie Hospitalière de Sallebruneau, et à l’heure où le soleil se couche, la lumière rasante faisait apparaitre les marques des outils qui avaient façonné la pierre. J’aimais les observer.

Je ne pouvais m’empêcher alors, de voir l’outil, de voir la main qui l’a tenu et surtout l’intelligence de celui qui a porté le coup, au bon endroit et avec la bonne force.

Toutes ces intelligences imprégnaient le lieu ! Intelligence – Esprit – Ames – je vous laisse juges.

Ces coups furent donnés il y a plus de mille ans, mais le geste éternel remonte à bien plus loin encore, passant par  Lascaux il y a 17000 ans… et remontant encore pour se perdre dans la nuit des temps.

Bref, mon choix de vie, à mon modeste niveau, et depuis longtemps est de porter régulièrement le coup là où je pense être le bon endroit et avec la bonne force.

Mais, cher amis, c’est la multitude des coups portés par une multitude d’intelligences qui font l’œuvre.

Cette belle Légion d’Honneur je la partage donc, avec celles et ceux qui depuis de longues années portent les coups de la « façon » et je l’espère de la raison.

Mais avec tous ces amis nous n’aspirons pas aux repos !

D’ailleurs mon ami Patrick TEYCHENEY, le pape français de la Silver  Economie, me lave sans cesse le cerveau en me disant que nous allons vivre de plus en plus vieux, alors à 58 ans je pense être arrivé à peine à la moitié de ma vie… Que de coups encore à porter mes amis !!!

Cette vie je la doit en partie à mon entreprise, la SNCF, qui comme toute ces vielles entreprises nationales républicaines, ont su aider leurs agents investis dans la vie de la cité… J’en suis aujourd’hui retraité, ça se voit… Depuis que j’en suis parti tout comme toi mon vieux compagnon de route cheminot Pascal TABANOU, on commande maintenant des trains trop larges qui ne rentrent plus dans les gares. Et j’ai un conseil à donner à mon ami d’enfance Jean-Pierre FARANDOU, PDG international de KEOLIS… mon cher Jean-Pierre, si tu commandes des TRAMS ou des METRO, va mesurer toi-même.

Mes chers amis, après tous ces propos, je ne peux conclure qu’en disant :

« Vive la République, Laïque, Une et indivisible » !

Philippe Dorthe le 23 mai 2014 







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